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Grégory : Pourquoi cette affaire fascine-t-elle tant depuis 30 ans ?

Un crime jamais résolu, un corbeau, un grand écrivain accusant une mère sans preuve...

Depuis plus de 30 ans, l'assassinat du petit Grégory, revenu cette semaine à la une, fascine bien au-delà du simple fait divers au point d'être considéré comme l'une des plus grandes affaires criminelles françaises.

"Ca aurait pu être une affaire de meurtre ou de disparition d'enfants parmi d'autres" sans la succession de rebondissements, affirme Alain Bauer, professeur de criminologie au conservatoire national des Arts et Métiers à Paris.

Au départ, il y a une scène qui "a frappé l'imagination", celle du crime sordide d'un enfant.

"Après, s'est greffé le mystère et on a été servi en la matière", renchérit l'historien Bernard Oudin. Octobre 1984. Grégory Villemin, quatre ans, est retrouvé mort, pieds et poings liés, dans une rivière des Vosges.

Un corbeau revendique le meurtre et invoque une vengeance. "Le fait divers, ce n'est pas (seulement) le meurtre de l'enfant, c'est la rumeur, les épisodes qui se succèdent.

Le corbeau qui relance l'affaire, crée la conspiration. C'est essentiel au suspense", souligne M. Bauer.

Les soupçons portant sur Bernard Laroche --un membre de la famille qui jalousait la réussite de son cousin, Jean-Marie Villemin -- puis son meurtre par ce dernier, la cabale lancée contre la mère de l'enfant ne vont cesser d'alimenter le feuilleton au milieu des années 80.

L'affaire va ensuite être relancée en 1999, puis en 2008 avec de nouvelles expertises avant un énième rebondissement mercredi avec le placement en garde à vue de trois membres de la famille.

Cette affaire a marqué les années 80 "mais on est face à une des affaires du siècle", juge l'expert français en criminologie, mettant en évidence "l'inénarrable accumulation d'erreurs" de la justice et de la gendarmerie, ainsi que les multiples théories sur l'assassinat qui viendront renforcer la fascination pour ce feuilleton.

"Dès le début, on a compris que c'était une affaire de famille ou liée à l'entourage proche. Ce crime qui paraissait facile à résoudre est devenu un invraisemblable imbroglio" au fil des ans, souligne de son côté Bernard Oudin, auteur d'un ouvrage sur les grandes affaires criminelles.

Le fait divers prendra une nouvelle dimension en 1985 quand Marguerite Duras, l'auteur de "L'Amant" et l'un des plus en vue de l'époque, accuse Christine Villemin de meurtre dans Libération, avant de conclure par une formule restée célèbre: "Sublime. Forcément sublime."

Une accusation fondée sur une intime conviction qui créera la polémique.

La machine médiatique s'emballe un peu plus.

En trente ans, "l'affaire" a généré quelque 3.000 articles de presse, une cinquantaine de travaux universitaires et plusieurs récits de protagonistes et de journalistes.

En revanche, peu d'écrivains ou de cinéastes s'y sont frottés. Le réalisateur Raoul Peck ("I'm Not Your Negro") a signé un téléfilm en six épisodes inspiré du livre de la journaliste Laurence Lacour, devenue une proche du couple Villemin et qui a mis en cause le système médiatique.

La chaîne Arte, qui diffusera le téléfilm, sera condamnée pour diffamation envers Bernard Laroche, et devra verser 15.000 euros à sa veuve et à ses deux enfants.

Même sentence pour l'écrivain Philippe Besson qui, en 2006, a publié chez Grasset un roman intitulé "L'Enfant d'octobre", où il reproduisait les détails de l'affaire et imaginait des pensées de Christine Villemin. Il sera condamné pour diffamation et atteinte à la vie privée, avec sa maison d'édition, avec un total de 80.000 euros de dommages et intérêts à verser. Face à une affaire aussi glaçante, peu ont osé l'humour, sauf Benoît Poolvoerde, incarnant un tueur dans "C'est arrivé près de chez vous" (1992), à ses débuts.

Dans une séquence du film, il évoque un cocktail baptisé "Petit Grégory", composé d'une "larme de gin", d'une "rivière de tonic" et d'une olive attachée par une ficelle à un morceau de sucre.

La scène contribuera grandement au succès du film.

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