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Le Prix Albert Londres et la Scam se mobilisent pour les journalistes turcs

La Scam et le Prix Albert Londres s'engagent en faveur des journalistes et intellectuels turcs emprisonnés.
 
Depuis la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016, en Turquie, la répression s'est intensifiée envers les journalistes, artistes et intellectuels. A la 155e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse, le pays, dirigé d'une main de fer par Recep Tayyip Erdogan, détient le triste record d'incarcérations de journalistes dans le monde avec plus d'une centaine, soit 4 fois plus qu'en 2015. Le bilan de RSF fait état d'un journalisme à l'agonie. Les 27 et 28 mai dernier, l'association avait lancé une campagne de soutien.
 
Une semaine après la cérémonie de remise des Prix Albert Londres, le prestigieux prix journalistique a aussi décidé de s’engager, avec la Scam, en leur faveur.
 
Douze personnalités et intellectuels français ont accepté de s’associer publiquement à l'un d'entre eux en tant que "parrain" ou "marraine" et s'engagent à être vigilants du sort réservé à leur filleul.
 
"Nous avons décidé de ne pas abandonner à leur sort les journalistes, les écrivains, les cinéastes, les artistes que vous avez arrêtés de manière inique, brutale et arbitraire, et que vous vous apprêtez à juger" poursuit le communiqué , suivi du hastag #LibérezLesTous
 
Pierre Haski, cofondateur de Rue 89, qui a été nommé Président de Reporters Sans Frontières le 27 juin dernier parraine ainsi Ahmet Altan, figure incontournable du journalisme turc, écrivain, et créateur du journal d'opposition Taraf (dont il a démissionné en 2012). Détenu depuis dix mois, il est passible de trois peines de prison à perpétuité incompressibles.
 
"Même si elle se trouve dans une logique autoritaire, la Turquie n'a pas rompu avec un mode de relation diplomatique traditionnel. Et elle tient à une certaine respectabilité de la part de l'Europe. C'est une initiative qui a donc une portée symbolique forte. Et puis, concrètement, je serai en contact et donnerai régulièrement des nouvelles d'Ahmet Altan. J'ai découvert un personnage incroyable, un véritable humaniste. Dans un discours, prononcé en 2014, à la question "Qu’est-ce que le journalisme?", il a fait cette réponse formidable : "Il y a dans ce métier 99% de gens lâches et méprisables et 1% de personnes intègres et courageuses. Et ce 1% joue un rôle énorme dans la transformation du monde et la transformation de nos vies" explique le président de RSF.
 
Voici la liste des parrainages et les biographies des journalistes emprisonnés.
 
Florence Aubenas parraine Cihan Acar
 
Cihan Acar, qui travaillait pour "Bugün", quotidien proche de la confrérie Gülen, s’est fait connaître en diffusant sur les réseaux sociaux une vidéo de l’administrateur mandaté par les autorités en train de menacer, avec des policiers, la rédaction de Bugün. Après huit mois de détention, il a été libéré le 31 mars... avant d’être aussitôt replacé en garde à vue puis de nouveau arrêté, sous la pression gouvernementale. Accusé initialement d’ "appartenance à une organisation illégale", il est depuis sa seconde arrestation poursuivi pour "tentative de renverser le gouvernement et l’ordre constitutionnel", comme douze autres journalistes dont la remise en liberté a également été bloquée in extremis. Il risque 15 ans de prison.
 
Sorj Chalandon parraine Ahmet Sik
 
Ce célèbre journaliste d’investigation et syndicaliste est de tous les combats démocratiques. "L’armée de l’imam", un livre dans lequel il décryptait l’infiltration au sein de l’Etat de la confrérie Gülen l’avait conduit en prison, en 2011, avant même sa publication. Ce premier séjour derrière les barreaux avait duré 375 jours. Journaliste à Cumhuriyet, Ahmet Sik a été arrêté une deuxième fois le 29 décembre 2016 pour propagande en faveur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, guérilla kurde) et de la confrérie Gülen. En avril, il a été inculpé d’aide au PKK et au Parti Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP/C, organisation d’extrême gauche). Il risque 15 ans de prison.
 
Pierre Haski parraine Ahmet Altan
 
Ahmet Altan, 67 ans, est une figure incontournable du journalisme en Turquie. Engagement aux côtés du peuple kurde, aux côtés de Recep Tayyip Erdogan lors de sa période "réformiste" avant d’en devenir un critique virulent. Ahmet Altan fait face à son 25e procès dont sept à la demande du chef de l’Etat. A partir de 2007, il a été le rédacteur en chef de Taraf, quotidien proche de la confrérie de Fethullah Gülen et qui a soutenu toutes les accusations contre les militaires. Le procureur accuse Ahmet Altan de "tentative de renversement de l’ordre constitutionnel", de "tentative de renverser le gouvernement" et d’avoir préparé l’opinion publique à un coup d’Etat en décrivant Recep Tayyip Erdogan comme un dictateur dans ses articles. Il encourt trois peines d’emprisonnement incompressibles à vie.
 
Laurent Joffrin parraine Mehmet Altan
 
Frère d’Ahmet, Mehmet Altan est un des chefs de file du courant libéral turc. Comme son frère, il est accusé d’avoir envoyé des "messages subliminaux" annonçant un coup d’Etat lors d’une interview télévisée la veille du putsch. A 64 ans, il doit répondre de "tentative de renversement de l’ordre constitutionnel" et de "tentative de renverser le gouvernement". Son procès s’ouvre le 19 juin. Il encourt trois peines d’emprisonnement incompressibles à vie.
 
Serge July parraine Kadri Gürsel
 
Kadri Gürsel, 56 ans, fait partie des journalistes aux analyses intègres que les autorités ne veulent plus entendre. Renvoyé l’année dernière du quotidien Milliyet, pour un tweet critiquant Recep Tayyip Erdogan après l’attentat suicide de Suruç qui avait fait 32 morts, cet éditorialiste avait trouvé un espace d’expression dans les colonnes de Cumhuriyet. 18 de ses collaborateurs sont poursuivis, 12 sont en prison. Il risque jusqu’à 15 ans de prison pour "aide à une organisation terroriste armée sans en être membre".
 
Elise Lucet parraine Aysenur Parildak
 
Le 2 mai, après neuf mois de détention, Aysenur Parildak a été remise en liberté... avant même d’avoir pu quitter le tribunal, elle a été arrêtée une seconde fois et remise en prison. Cette étudiante en droit était chroniqueuse judiciaire du journal Zaman à Ankara. Elle est accusée d’être "membre d’une organisation terroriste". Il lui est reproché d’être suivi sur son compte Twitter par Fuat Avni, mystérieux informateur qui tweete des informations sensibles dans l’entourage de Recep Tayyip Erdogan.
 
Bernard Pivot parraine Turhan Günay
 
Turhan Günay, 71 ans, a été arrêté à l’aube, à son domicile, lors du vaste coup de filet contre Cumhuriyet, l’un des derniers quotidiens d’opposition encore en activité, le 31 octobre dernier. Le journaliste est une figure incontournable du monde littéraire en Turquie. En signe de soutien, plus de cent écrivains lui ont envoyé des livres dédicacés... que l’administration pénitentiaire ne lui a toujours pas transmis. Poursuivi pour "avoir aidé une organisation terroriste sans pour autant être membre de cette organisation", il risque 15 ans de prison.
 
Plantu parraine Musa Kart
 
Le Plantu turc est dans le viseur de Recep Tayyip Erdogan depuis des années. En 2005, alors Premier ministre, ce dernier avait fait condamner le caricaturiste de Cumhuriyet qui l’avait représenté en chat empêtré dans une pelote de laine, symbole de ses difficultés. En 2014, c’est un dessin de deux voleurs vidant tranquillement un coffre fort pendant que Recep Tayyip Erdogan fait le guet en référence à un scandale de corruption mettant en cause son entourage qui avait valu à Musa Kart d’être poursuivi pour "insulte et diffamation". Le dessinateur, 63 ans, a été arrêté avec onze autres collègues de Cumhuriyet le 31 octobre 2016. Il aura attendu cinq mois pour savoir ce qu’il lui est reproché. Musa Kart est donc accusé de "soutien à une organisation terroriste armée sans en être membre" et risque 29 ans de prison. Sa première comparution est fixée au 24 juillet, neuf mois après son interpellation.
 
Edwy Plenel parraine Tunca Ögreten
 
Tunca Ögreten, 35 ans, est privé de liberté depuis le 25 décembre et l’acte d’accusation contre cet ancien rédacteur en chef du site d’information Diken n’a toujours pas été rendu public. Son arrestation serait liée à l’affaire des emails de Beral Albayrak, le ministre de l’énergie et gendre de Recep Tayyip Erdogan, qui ont été mis en ligne par le groupe de hackers turcs Redhack. Il est accusé d’être "membre d’une organisation terroriste" , et risque 15 ans de prison.
 
Patrick de Saint-Exupéry parraine Inan Kizilkaya
 
Inan Kizilkaya, 40 ans, a été nommé à la rédaction en chef d’Özgür Gündem en mars 2016. Entre sa prise de fonction et le raid de la police dans les locaux du quotidien le 16 août, 92 actions en justice ont été engagées à son encontre. 36 personnalités sont poursuivies pour leur engagement dans la campagne de solidarité en faveur de ce journal harcelé par la justice puis fermé par un décret loi. La célèbre romancière Asli Erdogan a notamment passé quatre mois derrière les barreaux et encourt une peine de prison à vie pour son soutien. Poursuivi pour "appartenance à une organisation illégale", Kizilkaya risque une condamnation à perpétuité.
 
Marie-Monique Robin parraine Meltem Oktay
 
Meltem Oktay est la correspondante de l’agence de presse kurde DIHA, à Nusaybin, dans le sud est de la Turquie. Cette ville frontalière avec la Syrie a été le théâtre de violents affrontements entre les forces de l’ordre et la guérilla du PKK à partir de 2015. Meltem Oktay a été arrêtée à son domicile le 11 avril 2016. Remise en liberté mi août, la jeune femme a été de nouveau emprisonnée le 2 avril, suite à la confirmation de sa condamnation à deux ans et quatre mois de prison pour "propagande en faveur d’une organisation terroriste" par la Cour suprême.
 
Jean-Xavier de Lestrade parraine Kazim Kizil
 
Vidéo activiste de 33 ans, Kazim Kizil a été arrêté le 17 avril à Izmir alors qu’il filmait des étudiants qui contestaient le résultat du référendum consacrant les pleins pouvoirs de Recep Tayyip Erdogan. Depuis, il est enfermé avec 19 autres détenus dans une cellule prévue pour dix, accusé "d’insultes à l’encontre du président de la République". Un délit puni de huit ans et quatre mois de prison. Son arrestation envoie un message clair à la nouvelle génération de journalistes militants. Kazim Kizil, alias KA, est un des fondateurs du collectif Kamera Sokak (Caméra Rue) conçu en réaction à la censure dans les médias.

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