Ces syndicalistes bons élèves floués par les accords d’entreprise - Les Infos Videos
Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les Infos Videos

Les Infos Videos

Le meilleur des Infos et des videos du moment. Retrouvez toutes les news 24h/24 et 7j/7.

Ces syndicalistes bons élèves floués par les accords d’entreprise

Malgré un gel des salaires et une réduction de leur RTT, les 820 salariés de Mahle Behr à Rouffach craignent la fermeture de leur usine. Un syndicat vient d’écrire à Emmanuel Macron pour l’alerter de ce marché de dupes.
 
A Rouffach, dans l’usine de l’équipementier automobile Mahle Behr, plus personne ne prête attention à la cheminée en briques de 32 mètres de haut, vestige de l’industrie textile des années 1920. Ici, c’est désormais la production des climatiseurs qui occupe tous les esprits. L’usine subit de plein fouet la concurrence des pays d’Europe de l’Est où la main d’œuvre est plus de trois fois moins chère. Et les efforts consentis par les 820 salariés depuis quatre ans n’y ont rien changé. Au point que Denis Pieczynski, délégué Unsa, vient d’écrire en désespoir de cause au président de la République pour l’inviter à découvrir le « résultat très négatif voire catastrophique » des accords d’entreprise signés sur ce site...
 
«Nous sommes l’exemple vivant que la réforme du droit du travail prônée par Emmanuel Macron n’est pas une potion magique pour sauver les emplois industriels, observe le syndicaliste. Certaines entreprises ont choisi la manière forte (GM & S) ou la médiatisation durant l’élection présidentielle (Whirlpool) pour obtenir l’aide de l’Etat. Nous, nous avons choisi le dialogue avec la direction et de jouer les bons élèves. On espère maintenant que le gouvernement va nous aider à éviter la fermeture du site.»
 
Depuis 2013, les syndicats ont en effet signé deux accords avec gel des salaires et diminution des jours de RTT à la clé. Sans obtenir plus de commandes du groupe basé à Stuttgart en Allemagne. Pis, les deux accords se sont accompagnés de départs massifs. Quelques 162 personnes ont préféré être licenciées que renoncer à un tiers de leur RTT en 2013. En 2016, la direction de l’entreprise a lié le deuxième accord à un plan social assorti d’un ultimatum: soit les syndicats signaient, soit le plan social grimpait de 105 à 180 postes... «Ils nous ont mis le couteau sous la gorge», soupire Didier Schatt, de la CFE-CGC, qui a cédé pour «préserver les familles de 70 collègues».
 
Les contreparties de la direction aux efforts des salariés se font cruellement attendre. Les quelques lignes de production ouvertes sont loin d’assurer une activité à temps plein du site et ne combleront pas les fermetures prévues l’an prochain. « Les salariés ont l’impression d’avoir été dupés. Eux, ont accepté de se serrer la ceinture et le groupe, lui, ne fait rien pour assurer la rentabilité de l’usine », décrit Jean-Marc Fellmann, de la CFTC.
 
Une clause du second accord conditionnait même l’octroi de nouvelles commandes à un seuil de rentabilité totalement irréaliste, d’après les syndicalistes... Résultat, l’usine tchèque de Mnichovo truste toujours la fabrication des nouveaux modèles. «De plus en plus de collègues ont le sentiment que le groupe nous tue à petits feux, relève Sabine Studer, déléguée CFDT, et que la rigueur salariale infligée à ceux qui restent sert juste à financer les licenciements de ceux qui partent…»
 
Le non remplacement du directeur du site, qui a démissionné en juin, a encore accentué les inquiétudes. Resté moins de trois ans, il s’était juré de ne pas mener un deuxième plan social... «On ne sera jamais aussi compétitif que les Tchèques, je suis de plus en plus pessimiste», souffle un salarié qui se souvient de la fermeture de la filiale d’Ingersheim il y a à peine quatre ans.
 
Face à la colère qui monte, la direction assure que les écarts de coûts se resserrent avec la République Tchèque et que la position géographique du site est un atout pour réduire les coûts de livraison en France et en Angleterre. Mais, après quatre ans d’attente, les syndicats n’ont plus confiance et appellent à l’aide le chef de l’Etat.

 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article