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Jean Lassalle et les femmes à l'Assemblée : "Il me met la main aux fesses et s’en va"

Mediapart publie les témoignages de plusieurs femmes qui accusent le député des Pyrénées-Atlantiques de violences sexuelles.
 
Jean Lassalle, invité surprise de la campagne présidentielle de 2017, ne fait plus rire grand-monde. Dans le sillage de l'affaire Weinstein qui ébranle Hollywood et bien au-delà, l'ex-attachée parlementaire d'un député communiste a décidé de briser l'omerta qui règne à l'Assemblée nationale autour du très médiatique député des Pyrénées-Atlantiques.
 
Souvent accusé de sexisme ordinaire, coutumier des sorties grivoises, l'ancien compagnon de route de François Bayrou est, cette fois, accusé d'agression sexuelle par Julia Castanier, actuelle directrice de la communication du Parti communiste français (PCF). La jeune femme de 33 ans s'est livrée dimanche soir sur Twitter avec le hashtag balancetonporc :
 
"J’avais 25 ans et j’étais attachée parlementaire. En allant vers l’Hémicycle, Jean Lassalle m’a mis une main aux fesses."
 
S'ensuit une avalanche de réactions violentes sur Twitter – "vous racontez que des mensonges pour faire du buzz" ; "palper un petit cul de communiste féministe c’est se faire doublement plaisir" – qui vont pousser cette cadre du PCF à détailler son récit auprès de Mediapart, qui publie, ce vendredi 20 octobre, une longue enquête sur les accusations de violences sexuelles contre le député centriste.
 
Julia Castanier situe le geste déplacé de Jean Lassalle "vers 2010". Elle raconte :
 
"J’étais devant la Poste de l’Assemblée qui se trouve sur le trajet pour aller dans l’Hémicycle. Jean Lassalle, en passant, me met la main aux fesses et s’en va. Moi, je n’ai rien dit, j’étais complètement interloquée. En plus, je ne le connaissais pas, il ne me connaissait pas, et ce n’est arrivé qu’une seule fois. On ne s’est jamais parlé après."
 
Une scène dont ne se souvient absolument pas le député pyrénéen. Contacté par Mediapart, Jean Lassalle confie même traverser actuellement une période très délicate depuis que le témoignage de Julia Castanier a été publié sur les réseaux sociaux. Ses nuits sont agitées...
 
"J’ai des remontées de bile la nuit, assez volumineuses. [...] Mettre une main aux fesses n’a jamais été dans mes habitudes. Jamais ! Je me vois en train de mettre la main aux fesses de ma mère, de ma fille, de ma sœur, ou même de ma femme la première fois que je l’ai vue. Cela me fait encore plus remonter la bile ! [...] Je ne fais pas ça ! Les fesses, on ne les touche pas, même en étant tactile", lâche-t-il.
 
L'ancien candidat à la présidentielle précise qu'il ne portera pas plainte contre Julia Castanier pour dénonciation calomnieuse, laquelle indique qu'elle n'attaquera pas en justice le député, les faits étant prescrits par la loi.
 
L'attitude de Jean Lassalle ne surprend personne à l'Assemblée, où ce fils de berger est un habitué des gestes et des propos déplacés à l'attention des femmes. L'ancienne députée PS des Hautes-Alpes, Karine Berger, en a été témoin plusieurs fois. "Devant n’importe quelle femme, il insiste sur le fait qu’on est belle, qu’il veut partir en vacances avec nous, le tout en plein milieu de l’Assemblée nationale. La phrase récurrente était : 'Ah la la, Mademoiselle, vous êtes très belle !' ; 'Est-ce qu’on va se marier un jour ?'. C’est de la drague lourde, il est très insistant", raconte à Mediapart l'ancienne frondeuse du PS.
 
Elle ajoute, cinglante :
 
"Jean Lassalle, c’est le député le plus gluant. Il est vraiment très spécial avec les femmes."
 
Un ex-attaché parlementaire qui a croisé régulièrement Jean Lassalle dans les couloirs du Palais-Bourbon, de 2012 à 2017, ne dit pas autre chose :
 
"Il faisait constamment des remarques sur les femmes, surtout devant des collaboratrices. Quand elles mettaient une jupe par exemple, c’était systématique. C’était par exemple 'on a envie de soulever cette jupe' ; 'ah il fait beau, c’est bien, vous êtes en jupe ! On aurait aimé qu’elle soit plus courte'."
 
Comme Karine Berger, l'ex-députée socialiste, Colette Capdevielle se souvient très bien de Jean Lassalle. Ils sont tous les deux élus des Pyrénées-Atlantiques. La députée occupait lors de la précédente législature un bureau dans le même bâtiment parisien que son collègue, près de l'Assemblée nationale. Particularité de l'immeuble : les sanitaires situés en sous-sol y sont mixtes. Et un jour, Colette Capdevielle y fait une très désagréable rencontre.
 
Voici ce qu'elle confie à Mediapart :
 
"C’était au milieu du mandat. Je suis descendue au -1, j’étais en peignoir et je cherchais une douche libre. J’ouvre une porte et je tombe sur Jean Lassalle en slip. Il n’avait pas fermé la porte, et me lance : 'Viens prendre la douche avec moi !' Je suis partie aussitôt.'"
 
Une expérience "très inconfortable", se souvient-elle. Et quand les deux élus se recroisent un peu plus tard lors d'un salon agricole en 2015, Jean Lassalle fait rire une assemblée de journalistes en lançant hilare à l'attention de sa collègue :
 
"Ah voilà ma copine de douche ! On prend la douche ensemble tous les matins !"
 
"Je suis la seule que cela n’a pas fait rire. Mais quelle est l’alternative pour une femme ? Si on proteste trop fort, on va dire que vous n’avez pas d’humour. [...] A l’époque, je suis députée, je siège à la Commission des lois, je bosse comme une dingue et ce qu’on retient de moi, c’est que je prends une douche avec Lassalle. C’est très dévalorisant", se remémore l'ancienne élue.
 
D'après Mediapart, le nom de Jean Lassalle a été cité, avec d'autres de ses collègues, auprès des services de l’Assemblée par un député qui souhaitait alerter sur des rumeurs persistantes dans les couloirs du Palais-Bourbon, quelques semaines après l'affaire Baupin au printemps 2016. Sans que l'on sache si le déontologue de l'Assemblée a jugé utile de s'en saisir...

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