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Huit ans de prison requis contre la mère de Séréna, cachée dans un coffre de voiture pendant deux ans

Elle avait dissimulé sa fille Séréna pendant deux ans dans le coffre de sa voiture, lui infligeant des privations à l’origine d’un handicap jugé irréversible. Mme Da Cruz a été condamnée à cinq ans de prison, dont trois avec sursis, par la cour d’assises de la Corrèze, vendredi 16 novembre. Un mandat de dépôt a été prononcé contre la mère de famille, qui a également été condamnée à un suivi socio-judiciaire de cinq ans, avec injonction de soins, a précisé son avocate Me Chrystèle Chassagne-Delpech.
 
Mme Da Cruz était poursuivie pour violences suivies de mutilation ou infirmité permanente sur mineur de 15 ans par ascendant, privation de soins ou d’aliments compromettant la santé d’un enfant et dissimulation ayant entraîné atteinte à l’état civil d’un enfant. Huit ans de prison avaient été requis plus tôt dans la journée par l’avocat général.
 
Jusqu’en 2013, et la découverte par hasard de l’enfant par un garagiste de Terrasson-Lavilledieu (Dordogne), Mme Da Cruz avait élevé Séréna dans le coffre de sa voiture. Le tout en le cachant à son mari et à ses trois autres enfants. Pour sa défense, elle invoquait un « déni de grossesse », se poursuivant au-delà de la naissance.
 
Dans son réquisitoire, l’avocat général Olivier Kern avait souligné « la nécessité impérieuse de cette condamnation » pour que l’accusée, mère de trois autres enfants, « comprenne que Séréna n’est pas un non-événement ». « Ce procès n’est pas le procès du déni de grossesse », a-t-il également lancé, évoquant la thèse plaidée par la défense de l’accusée, qui a dominé les cinq jours de procès et donné lieu à maints exposés d’experts.
 
« Ce procès est celui de la dissimulation », a rectifié M. Kern, une dissimulation qui est « responsable de la privation de soins et d’aliments, et des violences engagées », a-t-il poursuivi, en énumérant : isolement, privations sensorielles, obstacles à l’exploration, absence de tout contact extérieur, confinement au silence, et le « manque de tout ».
 
L’affaire était jugée aux assises en raison du caractère « permanent » des séquelles de l’enfant. Ce « déficit fonctionnel à 80 % », un « syndrome autistique vraisemblablement irréversible », est lié « sans ambiguïté » aux conditions de ses vingt-trois premiers mois de vie, selon les expertises.
 
« Songez bien, deux ans, ce n’est pas quelques semaines. ll en faut de l’organisation, de la réflexion pour cacher un enfant à ses proches directs, son conjoint, ses enfants. Elle fait le choix de la dissimulation de cet enfant. »
 
Mme Da Cruz est restée, face aux réquisitions, comme pendant l’essentiel du procès, figée, parfois prostrée, voire recroquevillée auprès de son avocate, dos tourné à la salle, la tête appuyée sur sa main, et le visage masqué par un épais rideau de cheveux bruns. « Je voudrais demander pardon à Serena pour tout le mal que je lui ai fait », a-t-elle déclaré jeudi, d’une voix faible et lasse, alors que son avocate venait de plaider l’acquittement. « Je me rends compte que je lui en ai fait beaucoup, et que je ne reverrai plus jamais ma petite fille. »
 
Auparavant, les parties civiles avaient, comme Me Rodolphe Costantino pour l’association Enfance et partage, appelé à ne pas « psychologiser le débat à outrance », comme on peut être tenté de le faire pour comprendre « comment une mère peut-elle faire ça ».
 
« Déni de grossesse », « dénégation d’enfant », « incapacité parentale »… Pendant cinq jours de procès, des experts, parfois s’opposant, ont exploré les mécanismes, les clés psychiques qui ont conduit l’accusée à un rare cas de dissimulation prolongée. « Si on fait cette place hors normes à la psyché, nous ne poursuivrons plus personne. Les parents qui maltraitent leurs enfants ne devraient-ils pas avoir leur place en justice ? », s’est emporté Me Constantino.
 
« Il y a une seule victime, pas deux, et c’est Séréna », avait tonné mercredi Me Isabelle Faure-Roche, avocate de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) de la Corrèze, organisme administrateur ad hoc de Séréna, aujourd’hui âgée de 7 ans et qui vit en famille d’accueil depuis cinq ans.
 
« La seule qui soit cassée, brisée à tout jamais, c’est Séréna » dont « la vie ne sera jamais notre vie, le monde ne sera jamais notre monde », a-t-elle insisté. Elle s’est aussi agacée de voir la famille de l’accusée venir à la barre « pleurer non pas pour Séréna, sur Séréna, mais pleurer pour sa mère ». Pour l’avocat général : « Si elle est séparée de ses enfants, ce ne sera pas votre responsabilité (…) mais celle de Mme Da Cruz uniquement. »

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