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Décès d’Harry Dean Stanton, interprète de « Paris, Texas »

L’acteur américain, que l’on verra dans « Lucky » en décembre, savait rendre ses seconds rôles inoubliables.

En janvier à Sundance, en août à Locarno, les festivaliers ont découvert dans le film Lucky un personnage du même nom. Un nonagénaire dégingandé au visage émacié, un peu effrayant jusqu’à ce qu’un sourire irrésistible vienne l’illuminer. Il égrenait ses souvenirs – son enfance dans le Kentucky, sa guerre du Pacifique à bord d’un transport de troupe. Face à la mort, il opposait un athéisme résolu, quitte à scandaliser ses voisins. Ces bribes étaient empruntées à la vie de son interprète, Harry Dean Stanton. Une vie qui vient de s’achever à Los Angeles, le 15 septembre, à l’âge de 91 ans.
 
Il avait tourné dans environ 200 films et épisodes de séries télévisées, de 1954 à 2017, du western Revolt at Fort Laramie à la nouvelle saison de Twin Peaks. Son interminable début de carrière fut celui d’un obscur second rôle, mais à partir de la fin des années 1970, le public apprit à identifier Harry Dean Stanton dans Le Malin, de John Huston (1978), puis, l’année suivante, dans Alien, de Ridley Scott, et The Rose, de Mark Rydell.
 
Pour les spectateurs européens, il reste Travis Henderson, le fantôme surgi du désert, dans Paris, Texas, de Wim Wenders (1984), où, pour la première fois d’une carrière entamée trente ans plus tôt, il tenait un premier rôle. Pour les « millenials », Harry Dean Stanton sera toujours Roman Grant, le patriarche polygame de la série Big Love. C’était aussi un musicien. On l’entend interpréter quelques chansons de mariachis dans Lucky et l’on peut trouver sa version de Blue Bayou sur l’album Partly Fiction, bande originale d’un documentaire qui lui fut consacré.
 
Harry Dean Stanton est né le 14 juillet 1926 à West Irvine (Kentucky), dans une famille d’agriculteurs baptistes. Après avoir servi en tant que cuisinier dans la marine – son bateau participa à la prise d’Okinawa –, il entre à l’université du Kentucky qu’il quitte avant d’avoir obtenu son diplôme, par esprit de rébellion. Il part pour la Californie et étudie l’art dramatique au Pasadena Playhouse.
 
A cette époque – les années 1950 – son physique de grand échalas au visage inquiétant lui interdit d’aspirer aux premiers rôles. Mais il fait de lui le parfait cow-boy et Harry Dean Stanton (souvent crédité au générique sous le nom de Dean Stanton) est un habitué des westerns que la jeune télévision américaine produit en masse. On le voit dans Rawhide, Gunsmoke, Bonanza, mais aussi dans Le Fugitif ou Alfred Hitchcock présente. Il se fait remarquer une première fois en codétenu mélancolique et mélomane (il chante le cantique Just a Closer Walk With Thee) de Paul Newman dans Luke la main froide (Stuart Rosenberg, 1967).
 
Son mode de vie anticonformiste l’oriente vers les marges d’Hollywood. Il tourne dans Macadam à deux voies, de Monte Hellman (1971) puis dans Pat Garrett et Billy The Kid, de Sam Peckinpah (1973) aux côtés de Kris Kristofferson et de Bob Dylan. Ce dernier l’invite à participer à l’aventure de Renaldo et Clara, le film que l’auteur de Mr Tambourine Man a tourné pendant la tournée Rolling Thunder Revue, en 1975. Harry Dean Stanton y croise Sam Shepard qui, huit ans plus tard, au hasard d’une rencontre dans un bar de Santa Fe, lui propose le premier rôle d’un film qu’il est en train d’écrire, Paris, Texas.
 
A ce moment, Harry Dean Stanton est définitivement sorti de l’anonymat. Mécanicien du vaisseau Nostromo dans Alien, chanteur de country qui détruit en une séquence l’ego de la rock star Bette Midler dans The Rose : chacun de ses rôles marque les imaginations. Bertrand Tavernier fait appel à lui pour La Mort en direct. Le critique Roger Ebert, qui règne alors sur le goût cinéphile américain, remarque : « Tout film qui compte Harry Dean Stanton ou M. Emmet Walsh [autre grand acteur de composition] dans un second rôle ne peut être tout à fait mauvais. »
 
Mais à part Paris, Texas, la filmographie d’Harry Dean Stanton ne compte qu’un autre premier rôle, celui du recouvreur de dettes dans le film de science-fiction punk d’Alex Cox Repo Man (1984). Il est alors presque une star, invité de l’émission satirique Saturday Night Live, sujet d’un long portrait dans le New York Times Magazine.
 
Il est le père de Molly Ringwald dans Rose Bonbon, joue pour John Carpenter dans New York 1997 et Christine, commence une collaboration au long cours avec David Lynch, d’abord dans Sailor et Lula, puis Twin Peaks : Fire Walk With Me, Une histoire vraie, Inland Empire et récemment dans la nouvelle saison de Twin Peaks. Sur le tournage de Big Love, l’assistant personnel d’Harry Dean Stanton, Logan Sparks est fasciné par son patron au point d’écrire le scénario de Lucky. Le film, qui doit sortir le 13 décembre en France, fera la plus belle épitaphe dont pouvait rêver un acteur.

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