Irma : attention aux rumeurs sur la situation à Saint-Martin - Les Infos Videos
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Irma : attention aux rumeurs sur la situation à Saint-Martin

Fausses informations et exagérations se sont multipliées ces derniers jours au sujet de la situation dans l’île dévastée par l’ouragan.
 
Le chaos et la psychose. Cinq jours après le passage de l’ouragan Irma, le désordre règne toujours sur l’île de Saint-Martin, dévastée par la catastrophe. Les nombreux pillages rapportés par les habitants ces derniers jours en témoignent. Dans cette situation d’urgence, de fausses informations et exagérations en tous genres se sont ajoutées à la longue liste des événements catastrophiques bien réels sur place. Les Décodeurs font le point sur les différentes rumeurs qui ont circulé ces derniers jours pour vous aider à y voir plus clair.
Pas d’évasion de détenus à la prison de Pointe-Blanche
 
CE QUE DIT LA RUMEUR
 
Plusieurs médias français ont affirmé, samedi 9 septembre, que 250 détenus se seraient évadés de la prison partiellement détruite de Pointe-Blanche, dans la partie néerlandaise de l’île de Saint-Martin. BFM-TV a notamment cité la capitaine de brigade de gendarmerie de Saint-Martin (côté français), Amel Ayoubi, qui faisait état de « plusieurs informations qui se recoupent » sur cette évasion, ajoutant que les évadés auraient pillé l’armurerie. La gendarme précisait néanmoins que l’information n’avait pas été confirmée par les autorités néerlandaises. Malgré ces réserves, la rumeur d’une évasion massive à Saint-Martin a largement circulé dans la foulée.
POURQUOI C’EST FAUX
 
Le chef du gouvernement, Edouard Philippe, a démenti la rumeur le soir même, précisant que l’information n’était « pas avérée par les autorités néerlandaises ». Le général français Jean-Marc Descoux a confirmé au Monde que les informations en provenance de la partie néerlandaise de l’île avaient été mal interprétées côté français, la communication sur place étant particulièrement compliquée.
 
Comme le montrent des images de France 2, un pan du mur extérieur de la prison en question s’est bien effondré. Mais l’enceinte intérieure est restée intacte.
 
Gilbert Collard ment : il y a aussi eu des pillages côté néerlandais
 
CE QUE DIT LA RUMEUR
 
Plusieurs voix se sont élevées ces derniers jours pour opposer la gestion des deux parties de l’île de Saint-Martin : « Regardez du côté hollandais, il n’y a pas d’émeutes, de pillages, les mesures anticipatrices ont été prises », a affirmé le député FN du Gard Gilbert Collard sur BFM-TV, dimanche.
 
Un argument également repris par certains internautes sur les réseaux sociaux, qui estiment que les autorités françaises étaient bien moins préparées à la catastrophe que les autorités néerlandaises. « Les Hollandais sont déjà sur place avec bateaux, avions, soldats (…), le gouvernement français fait des annonces… », lit-on notamment sur un compte Twitter militant hostile au gouvernement.
POURQUOI C’EST FAUX
 
Contrairement à ce qu’affirme Gilbert Collard, il y a bien eu des pillages et autres troubles à l’ordre public du côté néerlandais de Saint-Martin, de l’aveu même des autorités locales et du premier ministre, Mark Rutte.
 
Au-delà de ce mensonge, il est délicat pour l’heure de comparer la gestion de la crise des deux côtés, alors que les informations provenant de l’île restent en grande partie confuses. La commission d’enquête parlementaire réclamée par l’opposition, et à laquelle le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, dit être favorable, pourrait fournir une occasion d’explorer ce débat.
 
En attendant, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a défendu dimanche les moyens mis en œuvre depuis cinq jours, affirmant que « plus de 1 000 personnes sont immédiatement intervenues sur site » à Saint-Martin. A défaut de savoir si ces moyens étaient à la hauteur de la situation, il reste là aussi caricatural d’affirmer que la France serait restée complètement passive, à l’inverse des autorités néerlandaises.
La sous-préfète de Saint-Martin ne s’est pas « enfuie de l’île »
 
CE QUE DIT LA RUMEUR
 
Plusieurs sites, dont Breizatao, un blog qui diffuse un nombre significatif de fausses informations et que nous avons jugé peu fiable dans le Décodex, se sont fait l’écho d’une supposée « fuite » d’Anne Laubiès, la représentante de l’Etat sur l’île. « Fuite » qui a été largement commentée sur les réseaux sociaux, en particulier par des comptes se revendiquant de la mouvance « nationaliste ».POURQUOI C’EST MENSONGER
 
Anne Laubiès était présente à Saint-Martin avant et pendant le passage d’Irma. S’il est difficile d’avoir des informations précises sur l’état exact de l’île après la catastrophe, il est certain que la préfecture fait partie des bâtiments publics anéantis par l’ouragan (alors que la préfète déléguée s’y trouvait).
 
La représentante de l’Etat a ensuite été mobilisée dans la gestion de la crise pendant au mois trois jours. Le correspondant du Monde sur place, Rémi Barroux, témoignait ainsi de son implication après la catastrophe, vendredi et samedi :
 
« Au pied de la tour de contrôle, d’où opère le commandant, la préfète déléguée de Saint-Martin, Anne Laubiès, s’active au téléphone. Elle essaie de trouver des solutions pour les dizaines de personnes qui attendent, peut-être en vain, d’être évacuées. Et prépare le retour de la ministre des outre-mer, Annick Girardin, ce vendredi soir – elle est déjà venue sur l’île et à Saint-Barthélemy dès le jeudi. »
 
La préfecture de Guadeloupe (dont dépend administrativement Saint-Martin) a quant à elle apporté son soutien à Anne Laubiès dans un message publié sur Twitter.
 
A notre connaissance, la responsable n’est pas intervenue publiquement depuis samedi. Selon Radio Caraïbes International, citant une source préfectorale, elle n’a pas été démise de ses fonctions mais « renforcée par deux sous-préfets, un de l’administration centrale et un sous-préfet de la Martinique ». Contacté, le ministère de l’intérieur n’a pas répondu à nos sollicitations pour l’heure.
 
Que la préfète déléguée soit restée à Saint-Martin ou non, il est fallacieux d’affirmer qu’elle aurait fui face à la catastrophe, ayant été en première ligne le jour de la catastrophe et ceux qui ont suivi.
Air France n’a pas profité de l’ouragan pour augmenter ses tarifs
 
CE QUE DIT LA RUMEUR
 
La compagnie aérienne est accusée par certains d’avoir profité de la catastrophe pour augmenter le prix de ses billets. Une pétition signée par plus de 70 000 internautes sur le site Change.org affirme notamment que les prix des vols de Saint-Martin à Paris ont grimpé jusqu’à 4 500 euros avant la fermeture de l’aéroport à l’approche de l’ouragan – impossible depuis pour les avions de circuler à cause des dégâts. De même, les billets d’Air France pour rentrer de Guadeloupe en métropole seraient montés jusqu’à 3 500 euros.
 
Cette affirmation est accréditée par de supposées captures d’écran du site d’Air France qui ont circulé sur les réseaux sociaux. Par exemple celle-ci, qui affiche un tarif de 2 970 euros en classe économique de Pointe-à-Pitre à Paris. Impossible néanmoins d’authentifier ces images en l’absence de mention de la date des vols concernés.
 
POURQUOI C’EST PLUS COMPLIQUÉ
 
Contactée, la direction d’Air France conteste formellement avoir fait augmenter ses tarifs sur fond de catastrophe, que ce soit avant ou après le passage de l’ouragan.
 
D’abord, la compagnie assure être intervenue dès le lundi 4 septembre, deux jours avant la catastrophe, pour assouplir les conditions de départ de Saint-Martin. Seules quelques places étaient encore disponibles dans les derniers vols quittant l’île avant la fermeture de l’aéroport à la veille du passage de l’ouragan.
 
Concernant les liaisons Pointe-à-Pitre - Paris, Air France indique être intervenue dès l’après-midi du vendredi 8 septembre pour appliquer un tarif spécial en aller simple de 264 euros en direct vers la capitale et de 296 euros avec escale à Cayenne – la compagnie à détaillé ses mesures commerciales sur son site. L’opérateur précise étudier les possibilités d’augmenter ses capacités au départ de Pointe-à-Pitre, mais se veut rassurant quant à la quantité de passagers potentiels : « Il n’y a pas une demande écrasante pour l’heure. »
 
Air France concède qu’il reste possible que des internautes aient effectivement pu tomber sur un prix de « 2 970 euros » avant l’entrée en vigueur des conditions tarifaires relatives à la catastrophe, mais réfute toute hausse des prix.
Aucune information ne remet en cause le bilan provisoire
 
Le bilan officiel provisoire faisait état, lundi 11 septembre, de 10 morts, 112 blessés ainsi que de sept personnes portées disparues dans la partie française de Saint-Martin et à Saint-Barthélemy. Bilan qui pourrait néanmoins évoluer dans les jours qui viennent.
 
Plusieurs lecteurs nous ont interpellés au sujet de vidéos et articles qui circulent en ligne et qui remettent en cause la sincérité de ce décompte officiel, affirmant qu’il serait largement sous-estimé et évoquant des « centaines » voire des « milliers » de morts liées à l’ouragan Irma. Aucun élément connu ne permet pour l’heure d’étayer ces allégations, qui ne peuvent donc être traitées que pour ce qu’elles sont : des rumeurs.

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